y.Ce projet a pour but de me connecter à mes racines de Premières Nations. De tous temps, les outils ont été primordiaux à la survie des hommes. Le chevalet est un tel outil. Porteur de la toile de l'artiste et sculpture construite sur base de triangles, il se caractérise par une structure très forte, mathématiquement étonnante. Les Premières Nations ont utilisé cette structure pour se protéger des éléments naturels et ils la décoraient des histoires de leurs habitants. Les applications pratiques d’une telle structure étaient faciles à saisir. Déchirer et ériger était aisé et leur permettait de répondre à leurs besoins. Quand j'ai construit ce chevalet, j'ai ressenti la sensation du tipi, ma maison, mon endroit sûr. Mon art est un refuge pour moi. Quand j'ai besoin de changer, je le fais ; c'est une forme de migration. La migration parce que j'ai besoin de changer pour survivre, pour continuer à aller de l'avant ...

 

     Les roches sont des êtres migrateurs. Glaciers, ruisseaux, rivières les ont déplacés à leurs nouveaux endroits. Ce processus est parfois lent, s'étendant à travers les millénaires en fonction des forces exercées. Les pierres de mon œuvre représentent mes ancêtres. Ils étaient migrateurs et ne se déplaçaient que lorsqu'ils en avaient le besoin, étant forcés de se planter dans un nouvel endroit pour faciliter leur survie. Les pierres sont attachées au chevalet avec des ficelles de papier. Lorsque les éléments exerceront leurs forces, les pierres trouveront leur nouvelle place. Elles sont décorées avec du papier pour représenter les feuilles du maïs, une nourriture cultivée par les Premières nations, importante pour leur alimentation. Puisque l'art me nourrit, je dois continuer à planter pour survivre et grandir.

 

 

     Les couleurs que j'ai choisies sont le rouge, le blanc et le noir. Les membres des Premières Nations les fabriquaient en utilisant les éléments naturels à leur disposition. Par exemple, le noir provenait de charbons brûlés. Je les ai choisies car elles étaient souvent utilisées dans les cérémonies et comme peinture de guerre pour décorer leurs visages et leurs corps. L'art de la guerre ou devrais-je dire la guerre de l'art a du sens pour moi. Je dois être courageux  et prêt à me battre pour accomplir mon art. Pendant mon installation, je serai habillé en noir. Tout en peignant le chevalet, mon refuge, je me peindrai. Je deviendrai une partie intégrante de l'œuvre d'art dans mon nouvel endroit. La peinture de la structure et de mon corps représenteront mes histoires, mes exploits pendant que mon art me fait migrer. Ce périple avec mes ancêtres se poursuit vers l’avant, en trouvant de nouveaux endroits pour faciliter ma survie, notre survie.

 

© 2018 Edmond Léger

Ottawa, Ontario, Canada